L’économie du bonheur : un concept prometteur

La branche de l’économie qui étudie le bien-être subjectif s’appelle désormais l’économie du bonheur, et ne doit pas être confondue avec l’économie du bien-être.

Selon le CNRTL, le bonheur se définit comme l’état essentiellement moral atteint généralement par l’Homme lorsqu’il a obtenu tout ce qui lui paraît bon, et qu’il a pu pleinement satisfaire ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l’équilibre dans l’épanouissement harmonieux de sa personnalité. Ainsi, il est légitime de se poser la question suivante : en quoi l’économie du bonheur pèse-t-elle sur l’économie générale? Le premier volet de notre article présente les apports de l’économie du bonheur sur l’économie générale et nous nuancerons nos propos en exposant des limites.

 

Les apports de l’économie du bonheur sur l’économie générale 

 

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Un ouvrier épanoui (source : Pixabay)

L’économie du bonheur est en grande partie un concept basé sur l’économie « pure et dure ». Ainsi elle prend une place importante dans l’économie comme laquelle nous la percevons.

Cette économie du bonheur apporte des éléments indispensables à l’avancement de l’économie générale, puisque :

Le temps de travail, efficace, est conditionné par le bien-être des actifs. En effet, s’il pèse un mal-être dans les conditions de travail, la motivation des gens sera moins importante. Il en écoulera des travailleurs moins productifs, ne trouvant plus de porte de sortie à leur situation ou leur travail.

L’efficacité à l’école est contradictoire sur le système des notes, établies en France dès le plus jeune âge. Il est prouvé, par des études effectuées par des organismes internationaux, que les notations à l’école cultivent l’anxiété des élèves et étudiants, qui ne peuvent effectuer un travail efficace si le stress est trop présent. Ainsi les futurs travailleurs seront, dans un sens, moins bien préparés que des actifs éduqués sans stress majeur.

Donc, apporter des actifs « heureux » sur le marché du travail augmente la productivité, c’est-à-dire l’efficacité des travailleurs dans leurs activités professionnelles. Des économistes tels que Claudia Sénik, professeure à l’université d’été Paris-Sorbonne, apportent un nouveau point de vue sur les retours aux sources de l’économie. Elle explique, dans son dernier ouvrage intitulé « l’économie du bonheur » que le pilier de l’économie actuelle, et plus particulièrement la compétitivité, est en très grande partie dépendante du bien-être des acteurs, qui sont les actifs.

En se penchant sur la question, nous pouvons analyser le comportement humain. Ainsi, les individus qui se considèrent « heureux » ont en général une activité cérébrale plus importante dans la partie du cerveau responsable des émotions. Et ce sont ces émotions qui gainent notre motivation, notre envie d’effectuer des tâches. D’après des travaux d’imagerie cérébrale, les déclarations sont davantage fondées et ne sont en aucun cas faites par hasard, ainsi nous prenons des décisions plus pertinentes si nous nous considérons « heureux ». Exemple très simple : dans certaines entreprises, la direction propose des séances de relaxation, voire de consultation psychologique pour favoriser le bien-être de soi et effectuer un travail de qualité.

Ajoutons enfin que notre capacité à être heureux trouve sa source dans nos gènes, qui conditionnent nos traits de personnalité, comme la confiance en soi (qui peut s’acquérir, certes), l’optimisme et l’extraversion. En effet, dès la naissance, certains futurs actifs ont déjà une longueur d’avance sur leurs semblables, qui, eux, n’ont pas forcément des traits de personnalité favorables au bonheur dans leur vie active.

Autre concept novateur : L’économie du bonheur milite pour ne pas se contenter d’indicateurs tel que le PIB, si largement utilisé, et pas toujours à bon escient. Une somme de valeurs ajoutées n’est pas représentatif du bien-être de la population. Même le BNB, Bonheur National Brut, indicateur utilisé par certaines institutions et ONG, ne prend pas en compte tous les critères psychologiques du niveau de bonheur à l’intérieur même de l’esprit de l’individu. (voir plus haut)

Depuis le paradoxe d’Easterlin (établi en 1974, époque propice à l’étude et la remise en cause des bases de la compétitivité suite aux premiers chocs pétroliers), on sait qu’une hausse du PIB ne se traduit pas nécessairement par une hausse du taux de bonheur dans le pays concerné. En résumé, au delà d’un certain seuil, l’argent ne fait plus le bonheur… D’après de nombreuses études internationales, le bonheur « matérialiste » est anodin par rapport au bonheur « affectif ». Autrement dit, le bonheur provoqué par une possession de biens est beaucoup moins durable qu’un bien-être dû à l’affection que nos proches peuvent nous donner.

Malgré que la plupart de ces concepts sont prouvés, il existe une incertitude permanente dans nos choix économiques, et l’économie du bonheur n’est pas la solution à toute grande question de société, si complexe à l’heure actuelle…

Les limites de ce modèle

 

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(Source : Pixabay)

Il existe plusieurs biais cognitifs pouvant fausser une enquête du niveau de bonheur. les enquêtés peuvent préférer cacher leurs faiblesses en affirmant qu’il sont heureux alors qu’ils ne le sont pas réellement. Ce biais a pour nom le biais de désirabilité sociale.

Il y a également le biais que l’on appelle l’effet de présentation. la formulation et l’ordre des questions peuvent influencer les enquêtés dans les réponses qu’ils vont donner.

les enquêtés peuvent aussi être ponctuellement de bonne ou de mauvaise humeur. Cette fluctuation d’humeur est difficilement captée par l’économétrie (domaine qui teste la validité des théories économiques).

Quatrième biais : la rétrospection est rarement correctement effectuée concernant la vie en général des enquêtés. Ils se contentent de dire bien souvent leurs premières pensées plutôt que de peser et sous-peser l’ensemble de ce qu’ils ont vécu. Pour contrer ces effets inconvénients sur la rétrospection globale, Kahneman (Prix Nobel d’économie 2002) propose de calculer un Objective happiness. C’est une mesure de satisfaction sur les utilités instantanées sur des moments du quotidien (petit-déjeuner, travail, sorties…) en accordant à chaque moment la même importance pour l’interprétation.

Lucie Davoine, économiste française, affirme que l’économie du bonheur permet d’échapper à quelques travers de l’économie normative. L’intérêt d’une approche d’enquête d’opinion est d’éviter de s’imaginer une nature humaine sans expérience passée, d’éviter également tout ethnocentrisme et ainsi que d’éviter de croire que le point de vue de l’expert est toujours mieux placé pour définir ce qui est bien pour tout le monde.

Cependant, l’économie du bonheur n’est pas un substitut de démocratie et on ne peut pas rejeter l’entièreté du paternalisme. Les hommes politiques sont utiles dans la mesure où il peuvent influencer massivement une population après avoir consulté des économistes, sachant que ces derniers ont pour but de révéler les préférences de la population.

Enfin, l’économie du bonheur pourrait être ethnocentrique. En effet, elle souhaite régulariser à peu près tout dans la nature humaine sans se soucier du côté économique, politique et social que cela implique. Néanmoins, ceci n’est pas une certitude car cette théorie, s’appuyant sur des enquêtes d’opinions, n’a pas fait l’objet d’inspections de raisonnements fallacieux…

Globalement, il reste beaucoup d’aspects à approfondir dans l’économie du bonheur.

En résumé

L’économie du bonheur constitue une véritable remise en cause de l’idéologie selon laquelle l’accumulation de biens rendrait heureux . Elle replace le bonheur au centre des attentions de la société par les différentes enquêtes d’opinion publique qui montrent que le bonheur est le premier déterminant de la productivité. Cependant, ce concept prometteur mériterait d’être approfondi pour obtenir des données plus fiables sur le bonheur à l’aide d’une méthodologie qui contournerait les biais cognitifs des  individus interrogés lors des enquêtes d’opinion.

Alors que nous sommes en train de construire un système économique replaçant le bonheur au centre des attentions, il conviendrait, dans un contexte de réchauffement climatique, de réconcilier la société dans laquelle nous vivons avec l’environnement, sans lequel nous ne pouvons vivre.

Article écrit par Quentin CHARVY et Léo CORDIER

Biographie

Davoine Lucie, « L’économie du bonheur. Quel intérêt pour les politiques publiques ? », Revue économique, 4/2009 (Vol. 60), p. 905-926.

 

                                                                                                                                      Davoine, Lucie. L’économie du bonheur peut-elle renouveler l’économie du bien-être. CEE Recherche, février 2007. 30p.

                                                                                                                                                                   Jeanneau, laurent. Et si on décidait d’être heureux ?. Alternatives economiques, Mars 2009, numéro 278, p.55.

                                                                                                                                                                                     Lebaron, Frédéric. Vers une économie du bonheur?. Contretemps [en ligne], 6 Novembre 2009, [Consulté le 25 janvier 2017]. Disponible sur : http://www.contretemps.eu/vers-economie-bonheur/

                                                                                                                                                                                                                                Sénik, Claudia. L’économie du bonheur. Université Paris-Sorbonne, Juin 2015. Vidéo en ligne, 56 min. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=FO8S3jrNoQE

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4 réponses à L’économie du bonheur : un concept prometteur

  1. PANCHER Quentin dit :

    Article très bien rédiger avec un angle d’approche intéressant. Bravo

  2. btsenil dit :

    Article très intéressant et bien rédigé. Les images que vous avez choisi donne une belle forme à votre article.

  3. Lallemand dit :

    Article très intéressant et bien rédigé. Il m’a fait découvrir les indicateurs statistiques du bonheur. Les images que vous avez choisi donnent une belle forme à votre article.

  4. Guillaume GUEROC dit :

    Un blog des plus intéressant, il m’a fait découvrir une notion que je ne connaissais pas. Vos informations sont assez précise pour que l’on comprenne bien le sujet, le seul petit problème que je relèverais sera certaine tournure de phrase sont un peut compliqué se qui nous perd à certain moment de le récit.
    En bref un très bon blog, complet, intéressant avec une très bonne structure.
    merci pour ses quelques lignes.