Les éco-quartiers : une réelle mixité sociale?

En 2008, la moitié de la population mondiale était urbaine, une proportion qui devrait atteindre 70% en 2050. C’est pourquoi de nos jours, le développement durable prend plus d’ampleur et que des idées neuves comme les éco-quartiers voient le jour à partir des années 1990. Un éco-quartier, est un quartier urbain dont le but est de réduire au maximum l’impact sur l’environnement, favoriser le développement économique, la qualité de vie, la mixité et l’intégration sociale. C’est une opération d’aménagement durable exemplaire. On souhaite voir les habitants s’épanouir dans leur ville tout en contribuant au bon fonctionnement et au respect de la vie en communauté et cela en adaptant nos modes de vie de façon à réduire l’empreinte écologique et favoriser l’émergence de cités durables. Il faut savoir que ce projet est également un moyen de renforcer les liens entre individus dans une société où prime l’individualisme et de transmettre aux futures générations le sens des responsabilités vis-à-vis de l’écologie dès le plus jeune âge.

Mais l’idée des éco-quartiers offre-t-elle vraiment une réelle mixité sociale dans un pays tel que la France et plus globalement en Europe?

Nous débuterons notre analyse par les atouts sociaux qu’offrent les éco-quartiers, puis  nous analyserons les limites sociales des quartiers durables, et pour finir, nous nous intéresserons aux solutions envisageables afin de favoriser une meilleure mixité sociale au sein des éco-quartiers d’aujourd’hui.

Comparatif éco-quartier Vauban et quartier standard

Les atouts sociaux des éco-quartiers

La conception d’un éco-quartier fait sens au niveau social dans la mesure où il s’agit d’une démarche participative. Tous les projets menés jusqu’à présent se sont en effet basés sur la concertation entre les différentes parties prenantes : élus locaux, associations, habitants… L’objectif est tout simplement d’anticiper les problèmes, de comprendre les attentes et les éventuelles réticences, afin de proposer un projet le plus pertinent possible et le plus adapté au territoire. Par ailleurs, la participation du citoyen au projet ne peut que mieux lui faire comprendre les enjeux et entraîner une plus forte adhésion de sa part. Les habitants deviennent ainsi concepteurs, du moins en partie, de leur propre espace de vie. On retrouve ici une notion au cœur du changement de mentalités consistant à mener une réflexion durable sur le long terme.

Cette participation peut se traduire de différentes façons : enquête publique, débat public, conseils de quartier, referendum local, charte de participation… Ceci peut conduire, à terme, à l’implication des habitants dans la gestion du quartier au quotidien (gestion des espaces verts ou compostage par exemple). Cette responsabilisation face au territoire est nécessaire, une approche durable ne pouvant se faire par la contrainte.

Aire de jeux-espaces verts

Les limites sociales et contradictions des éco-quartiers

Le modèle d’exemple de l’éco-quartier Vauban construit à Freiburg-im-Breisgau en Allemagne dans les années 1990, montre après des années de recul, que le quartier est très performant au niveau environnemental, mais beaucoup moins au niveau social. En effet, la construction de bâtiments peu consommateurs d’énergie engagent des coûts supplémentaires importants, supportés par les propriétaires des habitations qui les construisent souvent eux-mêmes.

Ainsi, l’échelle à laquelle les habitants portent le plus d’attention est bien l’échelle de l’habitation, puisque la mobilité fonctionnelle par exemple n’est réellement effective qu’à cette échelle-là : les habitants de Vauban travaillent par exemple tous à l’extérieur du quartier (parfois très loin de Freiburg-im-Breisgau). Les activités commerciales et les transports de portée locale sont en revanche regroupés autour de l’allée centrale.

Malgré son ouverture, le lien du quartier avec le reste de la ville est problématique, tant au niveau de la mixité fonctionnelle que sociale. En effet, d’une part, le quartier Vauban dépend fortement du reste de la ville en terme d’activités, alors que les habitants cherchent à avoir le moins de liens possibles avec la ville en terme de gouvernance politique. Le quartier est composé en majorité de professions libérales, de cadres supérieurs, de professions intellectuelles supérieures. Toutefois, ce profil socio-économique correspond au reste de la ville, majoritairement composée de cadres supérieurs et de professions libérales. Il y est cependant un peu plus marqué.

L’homogénéité sociale pose d’autant plus problème au quartier Vauban qu’elle est parfois présentée comme l’une des conditions de fonctionnement du quartier. En effet, il est bien plus facile de prendre certaines décisions, de mettre en place certaines institutions, de faire certains choix, lorsque les « habitus », entendus comme « système de dispositions durables et transposables, structures structurées disposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principe générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre » (Bourdieu, 1980, p. 88-89), sont concordants.

À l’échelle locale, la vie en communauté telle qu’elle existe dans l’éco-quartier Vauban est très marquée socialement : la mixité socio-raciale est donc un échec pour le quartier, reconnu d’ailleurs par les habitants.

Mixité multi-ethnique à Vauban

Cela pose la question de la mixité à un niveau plus général de la ville : l’éco-quartier peut alors être un outil intéressant de réflexion sur l’organisation urbaine. La mixité sociale, qui a constitué le fer de lance des politiques publiques pendant de nombreuses années ne va pas de soi. Surtout, il ne suffit pas d’installer des gens d’origine sociale diverse côte à côte, pour obtenir une véritable mixité sociale.

Enfin l’étude attentive de l’éco-quartier Vauban nous permet également de nous interroger sur la privatisation de l’espace public. Car si le quartier semble très ouvert, les barrières symboliques qui empêchent d’entrer dans ce quartier sont nombreuses. Comment dès lors, défendre des projets portés par des groupes privés de personnes qui influent sur l’urbanisme de la ville, qui obtiennent des financements de la municipalité, pour maintenir une zone d’entre-soi ? La ville durable est aussi une city of quartz (Davis, 2003), qui pose de nouveau la question du faire société en ville.

Les solutions envisageables pour une meilleure mixité sociale au sein des éco-quartiers

Les mixités intergénérationnelles, culturelles et socio-économiques sont les principaux soucis dans l’élaboration d’un quartier durable. Pour cela, diverses dispositions sont mises en place comme : varier la taille de l’appartement, aménager des appartements pour certaines catégories de personnes (personnes à mobilité réduite, personnes âgées) ou encore fixer une limite maximale aux revenus des locataires (Monconseil,Tours, 2012). Il s’agit d’une volonté de resserrer les liens entre individus pour ainsi revisiter le mot          «communauté ».

L’éco-quartier de Veynes en France est un exemple d’éco-quartier souhaitant accentuer les deux principaux types de mixité au niveau social :

• La mixité sociale : l’objectif est la cohabitation d’habitants ayant des revenus très hétérogènes. URBANCOOP vendra en VEFA une partie des logements à un bailleur social (20% environ) avec des PLAI et des PLUS. De plus, le dispositif de location-accession permettra à des familles (sous conditions de ressources) de bénéficier de la TVA à 5,5%. Certaines d’entre elles seront potentiellement issues du parc social actuel de la ville.

• La mixité intergénérationnelle : Il s’agit de réunir des personnes de générations différentes. L’éco-quartier sera ainsi accessible à toute personne selon ses capacités de déplacement dans le respect des normes PMR (personnes à mobilité réduite). À ce titre, dans le cadre des petits bâtiments, l’accès au R+1 et R+2 sera analysé avec les futurs accédant. D’ores et déjà, des emplacements pour de futurs ascenseurs sont prévus et pré-câblés. Dans le même esprit de cohabitation harmonieuse, des aires de loisirs pour enfants seront situées de telle manière qu’elles ne gênent pas, autant que possible, la tranquillité de chacun.

Cartes des projets d’éco-quartiers en France

Si le point de départ de la démarche de construction d’un éco-quartier est bien l’aspect environnemental et la volonté de réduire notre impact écologique, l’aspect écologique n’est pas à négliger…bien au contraire. Ces quartiers durables sont la possibilité de reconsidérer le tissu urbain afin de déboucher sur une certaine harmonie sociale qu’on ne pourra pas avoir forcément dans un quartier standard. Cette harmonie est d’ailleurs favorisée par le caractère naturel et sain de ce type d’espace et d’habitat (utilisation de matériaux naturels, espaces verts prépondérants dans l’aménagement de l’éco-quartier, etc…) Malgré tout, après environ une décennie de recul dans l’aménagement de quartiers écologiques (comme Vauban à Freiburg-im-Breisgau), on s’est aperçu que la mixité sociale n’était pas franchement respectée dans la mesure, où, ce n’est qu’une certaine catégorie de population qui peut prétendre et accéder à ce type de quartier et de logements HQE (Haute Qualité Environnementale). Dans la ville d’aujourd’hui et de demain, le renforcement du lien social et la création d’un espace public de proximité sont des questions de premier ordre. En donnant aux habitants le droit de participer activement à la construction, à l’aménagement et à la gestion de leur quartier; et par la présence de lieux et d’activités favorisant la rencontre avec l’autre, l’éco-quartier doit apporter des réponses innovantes favorisant un « vivre ensemble » basé sur le respect et la coopération. Le fait d’intégrer la participation des habitants d’un quartier écologique dans la gestion de ce dernier, permet tout naturellement la mise en place d’un équilibre générationnel mais aussi d’une mixité sociale, parce que la vraie richesse est dans la diversité et la transmission.

MARCOT  Damien

PERRY  Adrien

Bibliographie

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Perruchot Christiane. Grand Dijon : Longvic crée un écoquartier en zone urbaine sensible. Le Moniteur [en ligne] Télécom Italia France, 5543, juin 2011, p.35. Disponible sur : www.lemoniteur.fr

Salin, Marion. L’écoquartier Vauban. In ENS-Département Géographie [en ligne]. Mai 2010. Disponible sur : www.geographie.ens.fr/L-eco-quartier-Vauban-objectifs,214.html

Smartgrids [en ligne]. CRE, 2005, [consulté le 9 décembre 2013]. Ecocities : promotion de la mixité sociale et réduction de l’empreinte carbone. Disponible sur : www.smartgrids-cre.fr/index.php?p=smartcities-eco-city

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2 réponses à Les éco-quartiers : une réelle mixité sociale?

  1. KRANKLADER benjamin dit :

    Votre blog est très intéressant et bien détaillé, vous expliqué clairement la mixité sociale et on le comprend correctement. La seule chose que j’ai a dire c’est que au fur et a mesure de la lecture le contenue devient lourd car il est long malgré qu’il est complet.
    Votre travail est très bien réaliser malgré ce point négatif.

  2. GALMICHE Quentin dit :

    Les eco-quartiers sont necessaires à la réduction de l’impact environnemental de l’Homme et j’ai trouvé interessant de voir ces quartiers d’un point de vu social. Cependant la deuxieme partie, « les limites sociales et contradictions des eco-quartiers », est compliquée à comprendre, surtout ce que dit Bourdieu. Il aurait peut-etre été bien d’expliciter ses paroles.