L’éthique, le gros hic des innovations biomédicales

Depuis les débuts de l’humanité, l’Homme n’a cessé de progresser par le biais des innovations. Aujourd’hui elles font partie à part entière de notre monde, et régissent notre mode de vie dans de nombreux domaines. En effet les innovations et les avancées se font de plus en plus récurrentes et attendues qu’elles soit bonnes ou mauvaises. Ces innovations perpétuelles qui caractérisent le 21ème siècle vont-elles cependant trop vite, et dérogent-elle à certaines règles préétablies depuis des siècle?.

La médecine moderne n’échappe pas à cette règle générale, et les innovations biomédicales suscitent énormément de questionnement notamment vis  à vis des règles éthiques. En effet dans le domaine médical, les innovations traversent aujourd’hui leur âge d’or et se développent de plus en  plus vite, sans pour autant penser aux enjeux économiques, politiques et sociales.

Pourtant, afin que celles-ci suivent un développement sain et efficient cela devrait être primordial. Malheureusement notre monde fait que parfois, les innovations en elles-même priment sur  les valeurs que nous nous efforçons de transmettre à  travers les âges. Il est donc nécessaire de commencer à fixer des limites à ces innovations, à  condition de ne pas les rendre obsolètes.

Les enjeux politiques de l’éthique en lien avec les innovations biomédicales

La législation constitue l’ensemble des lois, dans un pays ou une collectivité dans un domaine précis. Aujourd’hui, dans le domaine des innovations biomédicales, la régulation juridique est indispensable. En effet elle fixe les règles de l’essor des innovations biomédicales, notamment en validant ou non le lancement de certains projets de recherche, par exemple dans le cas de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Elle permet également d’assurer l’accessibilité et la sécurité des produits mis sur le marché, tout en respectant les droits fondamentaux des individus.                           Cependant, le droit en lui même ne peut être parfait, étant donné la multitude et la complexité de cas qu’il  est possible de rencontrer, mais aussi le respect de ces dites règles. Cela laisse donc libre accès à certain écart de conduite. On peut citer par exemple le triste cas du médiator dans lequel le laboratoire a délibérément caché les effets secondaire de son médicament, afin de pouvoir continuer à le vendre. Mais également, l’affaire des « Implants Files » où les protagonistes ont su jouer des réglementations et des carences sur les contrôles de dispositif médicaux.

La notion de temporalité est importante pour les innovations biomédicales. En effet certaines lois sont sujettes à des modifications, ou nécessitent des renforcements vis  à  vis d’innovations, comme pour la cas du clonage en France. Néanmoins, il existe aussi des moments où la loi anticipe certaines innovations biomédicales, afin de prévenir toute éventualité qui  pourrait entraîner un scandale d’ordre sanitaire, social ou environnemental. Les innovations biomédicales ont donc un impact sur le droit, mais l’inverse est également vrai.

Dans le cadre de l’union  européenne, elle régit la plupart des lois concernant les innovations biomédicales, et priment sur le droit français ce qui  semble logique tant les innovations biomédicales se doivent d’être internationales. Néanmoins, en France,  dans quelque cas, la loi prend le dessus sur certaines lois européennes, notamment celle sur la bioéthique qui  attache une grande importance au  respect des droits fondamentaux de la personne. Dans un soucis de contextualisation, il arrive souvent que ces lois subissent des révisions périodiques. Cependant, aujourd’hui les innovations biomédicales reposent principalement sur une logique économique et une facilité à l’accès au marché, au détriment des valeurs éthiques.

Les enjeux économiques de l’éthique en lien avec les innovations biomédicales

Comme sous-entendu précédemment, l’économie prend une place prépondérante dans les innovations biomédicales. L’un des principes de base de l’économie est la rentabilité, il est donc normal de s’interroger sur la réelle efficience de certaines innovations médicales au profit de la rentabilité. En effet, que ce soit pour la création d’un nouveau médicament, ou encore le choix de développer une innovation médicale, cela dépend principalement de sa future rentabilité. Il  est courant que par manque de fonds ou encore de nécessité, on préfère investir dans certaines innovations au détriment de certaines moins plébiscitées. Cela est également le cas pour les innovations dont la rentabilité n’est plus assez bonne, ce qui entraîne par la suite un arrêt de la production, engendrant indéniablement un handicap pour les personnes en ayant besoin. De plus, développer des innovations médicales pointues nécessite du temps, que ce soit en terme d’argent mais également en terme de durée. Cela aura des répercussions intrinsèques sur son coût et donc son accessibilité sur le marché. Cependant, en France dans une logique de démocratie sanitaire visant à augmenter l’accès à des soins de qualité pour tous, cela reste tout de même plus présent que dans d’autre pays européens.

Auteur – Myriams-Fotos sur Pixabay – Stéthoscope, médicament et monnaie – Source

D’un autre point de vue, les innovations médicales peuvent par la suite devenir des outils de consommation ayant un autre but que celui premier. Par exemple une nouvelle technique de dépistage des maladies à partir de l’ADN d’un embryon issue de fécondation in vitro (FIV), pourrait par la suite devenir un outil pour sélectionner les gènes de son futur bébé. Cela permettrait ainsi de pouvoir sélectionner sa taille notamment, et faire en sorte qu’il ai plus de chances de vivre longtemps et en meilleure santé. Cependant cela pourrait inciter ceux qui ont la possibilité de faire un enfant de manière classique de passer par cette méthode. De plus cette dernière ne sera accessible qu’à ceux qui en auront les moyens, soulevant donc des questions d’ordre sociales sur l’accès aux innovations médicales.

Les enjeux sociaux de l’éthique en lien avec les innovations biomédicales

Les inégalités sociales sont nombreuses, en effet depuis notre naissance si ce n’est avant, nous sommes constamment confrontées à ces problèmes. Dans le domaine de la médecine le fait d’être malade ou non constitue en lui-même une inégalité, cependant avec les innovations biomédicales, on constate que cela tend à augmenter. Effectivement, elles sont souvent synonymes d’inégalités. L’un des aspects majeurs est son prix, en effet il est difficile de pouvoir prescrire une innovation biomédicale à tout ce qui serait susceptible d’en bénéficier, entrainant par la suite la question de définir l’accès à celle-ci par le biais de critère, dans tous les cas injuste au yeux de certain. Ce phénomène amène donc une exclusion à la santé pouvant être considérée comme une double peine pour une personne supportant déjà le poids de la maladie. Il est donc difficile de concevoir qu’à l’heure actuelle certaine personne n’aient pas accès aux innovations médicales selon des décisions prise de manière urgente ou encore idéologique.

Auteur – MabelAmber sur Pixabay – Promenade en famille – Source 

Néanmoins, un autre aspect se discerne vis-à-vis des innovations biomédicales, c’est le scepticisme. En effet, elles subissent de manière récurrente de certain groupe activiste, par le biais des réseaux sociaux se permettent de juger si une innovation est bonne ou mauvaise sans réel argument. Le climat social assujettie à l’expertise et la contestation de chaque chose sans la connaissance des sujets en ai le grand responsable. Cependant, les innovations biomédicales entraînent elles aussi ce scepticisme par leur échec. En effet, certaines voulant se précipiter, elles ont tendances à se détacher de toute préoccupation éthique pouvant devenir préjudiciable pour les patients, l’aspect risque bénéfice étant trop  souvent négligé au profit des avancées scientifiques malgré le prix que celles-ci  puissent avoir. Il en est de même sur l’issue de nos données personnelles comme nous avons pu le constater avec l’apparition des tests ADN permettant de connaitre son patrimoine, ainsi de récolter les informations génétiques de chacun.

En somme, les innovations biomédicales nous éloignent peu à peu de notre principe de solidarité générale. Les repères fondamentaux que sont la dignité humaine et la primauté de l’être humain sont aujourd’hui supplantés par celui de la société et des sciences.

 

Afin de conclure, il  est évident qu’aujourd’hui les innovations biomédicales sont confrontées à des enjeux majeurs pour assurer leurs pérennités et leurs bons usages. En effet, il reste encore beaucoup de travail à réaliser. D’une part politiquement et législativement, les innovations biomédicales sont encore trop libre d’un côté, mais également trop contenue de l’autre. D’autre part économiquement, elles suivent le modèle mondial aux détriments des valeurs fondamentales. Enfin d’un point de vue sociale, les innovations biomédicales deviennent un nouveau créateur d’inégalité et cela semble se confirmer avec le temps.

L’innovation biomédicale se doit d’être accompagnée d’une innovation éthique. Il  est donc nécessaire d’accentuer nos récents questionnements vis-à-vis de celle-ci. En  effet, il est possible de pouvoir conjuguer innovation et éthique. Cela nécessite d’élargir l’ensemble des acteurs responsables et d’agir de manière plus collégiales. En retrouvant cette intégrité des repères fondamentaux qui font de nous une démocratie. En allant vers une innovation responsable, dont on constate la réel évolution.

Les innovations seront dans tout le cas l’avenir mais c’est à nous définir comment nous les utiliserons.

« Le mot progrès n’aura aucun sens tant qu’il y aura des enfants malheureux. »  Albert Einstein

 

HECTOR DUCHASSIN Théophile

ROYER Esteban

 

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6 réponses à L’éthique, le gros hic des innovations biomédicales

  1. btsenil dit :

    Votre article est bien fait, bien structuré. Les illustrations sont bien dimensionnées et bien placées dans le texte. Le sujet est bien abordé, on repaire directement les thèmes politique, économique et social en regardant votre article. De plus les liens hypertextes sur les mots clés, ou susceptibles d’être mal compris renvoient directement au définitions; ce qui est très bien pour apprécier et bien comprendre le cheminement de l’article.

    Oehlhaffen Mathieu

    • btsenil dit :

      Merci pour ton commentaire, nous avons fait de notre mieux ,afin de rendre le sujet le plus compréhensible.

      Théophile HECTOR DUCHASSIN

  2. btsenil dit :

    Un article qui est bien construit, avec une thématique intéressante qui nous amène à la réflexion .L’utilisation de liens hyper texte est une bonne idée !!

    dommage pour le :
    » Le mot progrès n’aura aucun sens tant qu’il y aura des enfants malheureux. » Albert Einstein
    Un super blog , qui nous fait réfléchir sur notre avenir médical!

    RIGHI Adrien

    • btsenil dit :

      Merci pour ton commentaire, nous sommes ravies que l’article t’es plu.
      Merci également d’avoir signalé notre erreur, qui est maintenant corrigé !!

      Théophile HECTOR DUCHASSIN

  3. btsenil dit :

    votre blog est très bien construit, le sujet est intéressant et bien traité
    les liens hypertextes permettent une bonne compréhension de votre sujet c’est une très bonne idée
    bravo à vous
    Johann FOUILLOUX

    • btsenil dit :

      Merci pour ton commentaire, nous prendrons soin de réitérer cette méthode par la suite.

      Théophile HECTOR DUCHASSIN