Quand l’innovation sociale tente de répondre aux défis de la solidarité

Innov8social. Social innovation IQ. Source : Flickr

L’innovation sociale est un concept récent qui doit répondre à des besoins sociaux jugés insatisfaisant. Elle tente de changer les pratiques habituelles afin de répondre à une situation sociale jugée insatisfaisante, et permet d’apporter des réponses là où l’Etat peine à bousculer les codes. Nous nous pencherons sur les conditions pour une innovation sociale pertinente en France aujourd’hui, puis nous verrons comment le monde associatif et le monde professionnel tentent d’apporter des solutions dans différents domaines, parfois pour résoudre des problèmes causés par un système incapable d’y répondre.

Travailler ensemble pour aller plus loin

Pour comprendre l’innovation sociale, il est nécessaire de préciser que comme toute innovation, elle doit répondre aux problématiques de son temps. Ainsi, selon le sociologue Benoît Lévesque, le défi de l’innovation sociale aujourd’hui correspond aux défis de la montée des inégalités, de la transition énergétique et du changement climatique. Il insiste également sur la nécessité de travailler en pluridisciplinarité afin de mettre en lien les compétences de chacun dans un but d’utilité sociale. Mais à l’échelle des territoires aussi, la mixité est facteur de réussite. La mise en place du Cluster Économie Sociale et Solidaire Grande Région en est un parfait exemple.
Lancé à Luxembourg en juin 2018, le Cluster ESS Grande Région a pour but de créer des liens entre les acteurs de quatres pays : la France (Lorraine), le Luxembourg, la Belgique (Wallonie) et l’Allemagne (Sarre et de Rhénanie-Palatinat). Régulé grâce à une charte, ce réseau favorise les échanges locaux et permet de mettre en relation des acteurs qui œuvrent dans le même but : développer les territoires au-delà des frontières avec des projets axés sur l’humain et l’économie locale. En plus de dynamiser l’économie locale, des projets comme celui-ci axé sur les territoires sont sources d’inspiration pour d’autres régions d’Europe. Mais l’innovation sociale se développe également dans des domaines plus spécifiques, incarnée par des acteurs locaux en quête de bien être collectif.

Piqsels Source : Piqsels

Associations, professionnels, on propose des solutions !

Des exemples d’associations qui œuvrent pour une économie plus sociale et solidaire, il en existe des centaines en France. C’est le cas de l’association Terre de Liens, qui propose une remise en question de la propriété dans le monde agricole, et définit la terre comme étant un bien commun et non une propriété privée. Le but de cette association est d’aider de jeunes agriculteurs à trouver des terres; en échange, ces derniers s’engagent à pratiquer une agriculture biologique et responsable : la terre est ainsi remise au centre de l’agriculture. Le parallèle peut être fait avec le domaine de la santé, qui quant à elle, à pour objectif de remettre le patient au centre du dispositif sanitaire.
C’est l’avis des professionnels de santé (Dr Luc Plassais, spécialiste des soins palliatifs ; Thibaut Tenailleau, directeur de l’Hôpital Forcilles en Seine-et-Marne ; le Pr André Grimaldi, diabétologue à l’Hôpital universitaire Pitié-Salpêtrière ; Jean-Luc Fidel, directeur général de la Fondation Cognacq-Jay ; et le Pr Guy Vallancien, urologue et essayiste) avec qui s’est entretenu le journaliste Vincent Borel. Tous pensent qu’une restructuration du monde hospitalier est nécessaire au vu de l’évolution des maladies telle que le cancer, et préconisent un accompagnement plus social des patients. Ce n’est pas la tendance actuelle, la gestion d’un hôpital s’apparentant plus à la gestion d’une entreprise qu’à celle d’un lieu de soin et d’utilité sociale et vitale.

Capitalisme et innovation sociale, une association compliquée

Ainsi, la place d’une économie sociale et solidaire (ESS) dans un système capitaliste peut poser des questions. Les acteurs eux-mêmes ont des points de vue différents sur le sujet. D’après Diane Rodet, maîtresse de conférences en sociologie, bien que les acteurs de l’ESS partagent le but de produire autrement que ne le font le secteur lucratif et l’Etat, ils sont en désaccord sur le fait de se conformer au capitalisme ou de s’y substituer. Diane Rodet justifie ses propos en revenant sur le genèse de l’ESS, et ses différents, notamment en prenant l’exemple de la politique : le Parti Socialiste s’inscrit historiquement dans une économie sociale (se conformer au capitalisme), tandis que les différents mouvements écologiques prônent une économie solidaire, qui implique de réformer en profondeur notre société.

Par le biais d’actions locales, les innovations sociales se distinguent par leur créativité et leurs domaines d’application. Elles tentent de répondre aux défis de la solidarité mais leur champ d’actions reste limité. Grâce à des professionnels et au monde associatif, une société plus solidaire se met en place, et elle sera nécessaire pour répondre aux défis de notre époque, notamment le changement climatique.

Emilien Vivot

 

 

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