Le voyage, thème récurent de la bande dessinée

      Aujourd’hui, le voyage est un élément majeur de notre société depuis la moitié du XXème siècle. Il est source d’inspiration pour de nombreux art, dont le neuvième art. En effet, la bande dessinée est considérée comme un art. De plus en plus de bandes dessinées naissent chaque année : en 2012, 5562 livres de bande dessinée ont été publiés, dont plus de 4000 nouveautés. (Chiffres de Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD :

     Nombreux sont les dessinateurs, auteurs, coloristes… qui interprètent le voyage dans leurs créations. Les plus connus sont Hergé avec les aventures de Tintin, Edgar P. Jacobs avec Blake et Mortimer. Nous allons donc nous intéresser à ce thème récurent dans la bande dessinée: Comment la thématique du voyage dans la bande dessinée est-elle abordée ? Pour y répondre, nous avons traité dix documents : L’histoire du neuvième art par l’académie de Lille, un article Le BD reportage et ses maîtres par JM. Boissier et H. Lavergne, une interview d’Emmanuel Le page par M. Chinal, des articles Exotisme et dépaysement, le voyage comme trame narrative, Le feuilleton du déplacement de C. Filliot, des articles Le « tour » dessiné, un voyage circulaire, Transport moderne et espace urbain de L. Gerbier, un article Voyage et BD de Jean, un bédéphile et un article « pendant ce temps, au XXXIème siècle » : le voyage dans le temps dans les littératures dessinées de H. Morgan. Dans un premier temps, nous allons verrons l’histoire de la BD depuis la fin du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui, ainsi que l’arrivée du BD reportage, puis dans un deuxième temps, nous parlerons d’un voyage dans l’espace géographique et enfin un voyage dans le temps passé et futur.

La bande dessinée : l’origine et le reportage 

Quelle est l’origine de son art ? 

     L’origine de la BD remonte dans les années 1820, plus précisément en 1827 lorsque Töpffer, dessinateur suisse à décidé de dessiner une aventure en y ajoutant des légendes en dessous, qui seront publié a la suite. Les gens aimaient ce genre d’histoire. Cet art, mélange de littérature et de graphisme, à partir des années 1890, fut publié dans les journaux et magasines satiriques de l’époque. Aux États-Unis, les comics s’adressaient surtout à un public adulte, alors qu’en Europe, les dessinateurs sollicitent un public enfantin. Au États-Unis, on voit naître la célèbre souris de Walt Disney : Mickey Mouse. C’est en 1928 qu’on le voit pour la première fois à l’écran, puis en 1930, il devient un personnage de BD. C’est en 1934 qu’il apparaît dans son propre journal en France.

     En France, c’est Bécassine qui naît en 1905 dans la revue enfantine pour fille « La semaine de Suzette ». La naissance de Bécassine est aussi celle de la bande dessinée moderne, la transition entre les histoires illustrées et la vraie bande dessinée. Son style de dessin, au trait rond, vif et moderne, inspirera 25 ans plus tard les aventures de Tintin.

En 1929, on va apparaître, sous le crayon d’HERGE, du personnage de Tintin dans le « Petit Vingtième », supplément hebdomadaire du quotidien belge « Le Vingtième siècle ». Puis en 1930, c’est le premier album de Tintin : « Tintin au pays des soviets », vingt-trois autres albums suivront.

C’est à partir de là que l’on peut considérer qu’est né le BD de reportage.

Qu’est ce que le BD de reportage ?

Pour définir le BD de reportage, on peut déjà citer trois sources d’inspirations : le dessin de presse, l’illustration de presse et la bande dessinée.Tout d’abord, le genre BD de reportage ne suit pas du tout les codes journalistiques : Il se place en plein cœur de l’histoire et se permet d’exprimer une part de subjectivité. Comme le dit Art Spielgelman dans le Columbia Journalism Review:

« La prétendue objectivité de l’appareil photo est une convention et un mensonge au même titre qu’écrire à la troisième personne au lieu de la première. Faire du BD journalisme, c’est manifester ses partis pris et un sentiment d’urgence qui font accéder le lecteur à un autre niveau d’information. »

Phénomène assez flagrant dans les bandes dessinées consultées, le reporter est présent en permanence tout au long du déroulement du récit. Il est le point depuis lequel s’organise le récit. Il est le filtre. Une évidence s’impose alors aux lecteurs : il n’est pas neutre. Nous pouvons au contraire le voir à l’œuvre organiser le récit.De plus, le BD reportage permet d’écrire plus qu’un simple article : c’est le dessin qui le permet. Comme le disait Joe Sacco dans une interview :

« Un journaliste va écrire dans un article : Les rues de Gaza sont très boueuses. Mais combien de fois peut-il l’écrire ? Alors que moi, je peux les montrer en permanence à l’arrière-plan, et elles collent à l’esprit du lecteur comme elles ont collé à mes chaussures. » 

Lmeilleur modèle de BD reportage est la BD de Maus (Spielgelman). Dans sa BD, Spielgelman raconte les déportations de souris par les chats à Auschwitz. C’est en faite une manière de raconter les déportements nazis.

 C’est ainsi que l’on peut considérer la bande dessinée comme un art et dont la thématique du voyage inspire les auteurs pour leurs BD de reportages. Ces voyages se caractérisent par un déplacement dans l’espace.

Le voyage dans l’espace géographique

     Le voyage est un ensemble de rapports entre les hommes de différentes provenances, d’origine de révolutions et de colonisations de différents territoires. Le transport qui est le moyen de se déplacer représente un véritable enjeu du voyage, il est donc exploité dans les bandes dessinées aux lecteurs les différentes manières de voyager. D’abord , La bande dessinée met en place des dispositifs visuels et narratifs pour démontrer les formes de déplacements possibles ( fusée, bateau, cheval, aviation… ) dans le but de captiver le lecteur sur la représentation des moyens de locomotions utilisés afin d’intégrer l’expérience moderne de l’espace. Cependant, Töpffer dénonce à partir de 1835 la rapide évolution des moyens de transport à travers la bande dessinée : il intègre dans ses aventure au fur et à mesure les moyens de locomotions qui sont toujours plus modernes (d’abord à pied, puis à cheval et en calèche , en bateau , en train…).

Les aventures de Tintin et de Spirou sont des icônes de la bande dessinée du voyage et du reportage puisqu’ils sont amenés à explorer la surface de la planète en proposant toujours plus de nouvelles images du mouvement, du déplacement et du voyage . Par exemple lorsque Hergé écrit Objectif lune en 1950, la conquête de l’espace fascinait déjà puisque 20 ans plus tard , Neil Armstrong a pu réaliser ce voyage.

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     La bande dessinée sert aussi à montrer et à critiquer l’accélération du voyage ainsi que la division de l’espace. Par exemple R. Töpffer, entre 1827 et 1844, constituent des histoires dessinées pour critiquer le progrès et la vitesse mécanique de l’âge moderne dans un discourt narratif et visuel. Également, il a développer avec ironie un langage visuel destiné à caricaturer les mouvements du monde moderne et de son progrès. Ce langage visuel permet d’exprimer des mouvements ou des déplacements et même à découvrir les différentes manières d’occuper l’espace. Cependant, il dénonce, à partir de 1835, la rapide évolution des moyens de transport à travers la bande dessinée : il intègre dans ses aventure au fur et à mesure les moyens de locomotions qui sont toujours plus modernes (d’abord à pied, puis à cheval et en calèche , en bateau , en train…). Les aventures de Tintin, publiées dans le « petit vingtième », qui se déroule au pays des soviets en 1930, puis au Congo en 1931 et en Amérique en 1932 , se situent géographiquement dans des continents différents pour faire voyager le lecteur dans plusieurs types de paysages, également pour découvrir des cultures et une gastronomie méconnue . De plus , ses aventures permettent de vivre des situations qui ne sont pas quotidiennes et de montrer le transport qui varie en fonction de la destination : l’auteur veut incarner « la fascination » du véhicule.
Ainsi, le déplacement reste récurrent dans la bande dessinée : il est caractériser par l’évolution du progrès . Par ailleurs ce progrès s’inscrit dans une dimension temporelle chargée d’histoire.

Le voyage dans le temps et l’histoire

     Le temps est un facteur essentiel de la bande dessinée car elle permet au lecteur de se situer dans un contexte temporelle ou historique selon l’époque. Dans les bandes dessinées , on observe des voyages aussi bien dans le passé comme dans le futur. Pour le futur, l’imaginaire du voyage s’effectue généralement grâce à des gaz, un sommeil profond…
     Le voyage est une aventure, qui à travers une bande dessinée du futur, est principalement illustré avec un environnement automatisé et mécanisé. De plus la rationalisation est supprimée pour le plaisir des lecteurs pour que ces derniers rentrent dans l’histoire et dans le contexte afin de juger l’image de la société. Il existe aussi la machine à voyager dans le temps qui évolue au fur et à mesure de l’époque grâce à la théorie scientifique en impliquant la quatrième dimension (temps) : cette dernière permet de se déplacer dans le temps comme dans l’espace. En effet, le temps est un facteur multiple qui inspire les auteurs des bandes dessinées car il peut-être utilisé comme un voyage, qui lui-même est utilisé pour imaginer des objets et des histoires. La relativité des durées et des distances sont une évidence donnée dans une bande dessinées, le temps est conventionnel, la durée et les distances sont déformés et mélangés , ces données sont modifiées constamment par des blancs inter-iconiques (mélange de tous les éléments possibles entre deux cases). Ses données permettent à la bande dessinée de mettre en place des procédés burlesques pour voyager dans le temps.
     Il apparaît aussi le principe du voyage à vitesse relativiste qui inspira des auteurs pour créer des histoires ou par exemple un astronaute effectuera un voyage spatial de quelques mois pour retourner sur terre ou il c’est passé plusieurs siècles (théorie de physique d’Einstein).
En bref , c’est la théorie d’Einstein sur la loi de la relativité générale ( gravitation ) qui en 1915 qui inspira de nombreux auteurs. Cet loi permet en effet, dans certaines configurations de faire un voyage temporel qui ramène le sujet dans son propre passé. 
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     Finalement, dans cette étude, nous avons pu découvrir l’origine de la bande dessinée, un art à part entière, ainsi le BD reportage, qui s’inspire de voyage et de journalisme. Elle nous as aussi permis de voir deux formes de voyages présentent dans beaucoup de bande dessinée : le spatio-temporelle. Ce sont ses éléments qui rythment le récit et accrochent le lecteurs. Dans un siècle passionné par la géographie, le voyage est un motif qui permet donc aux bandes dessinées de s’inscrire de manière efficace dans le paysage culturel et social.

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Maud Chabod et Alexandre Chapoutot

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Bibliographie

  • Morgan, Harry.« pendant ce temps, au XXXIème siècle » : le voyage dans le temps dans les littératures dessinées. Neuvième art [en ligne], août 2012 [consulté le 5 janvier 2013]. Disponible sur: http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article435

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Une réponse à Le voyage, thème récurent de la bande dessinée

  1. Camozzi Kevin dit :

    La BD nous fait donc aussi voyager, nous apporte des images que nous ne pouvons pas toujours voir dans la réalité faute de mobilité. Les images de BD façonne une idée, un paysage, un sentiment et nous emporte dans un monde passé, présent ou futuriste. Intéressant à lire, beaucoup d’argument. J’ai bien aimé.