L’Homme, renvoyé chez lui par les machines…?

Depuis que l’Homme est sur Terre, il n’a cessé d’innover. Certaines de ces innovations majeures se sont traduites en révolutions car elles ont bouleversé le système productif de l’époque. Ces bouleversements ont aussi eu un impact sur le travail. En effet, lors de chaque progrès technique, l’inquiétude autour d’un “avenir sans emploi”,  la peur d’un “chômage technologique” ressurgie. La société entière se demande si l’Homme sera remplacé par la machine.

D’autant plus qu’avec les évolutions de la technologie en cours dominées par la robotique, l’intelligence artificielle, les voitures autonomes, l’impression 3D, etc… cette croyance populaire taraude les consciences et en fait un sujet d’actualité. Les pays développés en subiront les impacts plus ou moins conséquents.

Pour notre part, nous nous sommes intéressés à la France et avons émis une question : les innovations technologiques menacent-t-elles l’emploi en France ?

 

Remplacement de l’humain

 

Selon le COE (Conseil d’Orientation pour l’Emploi), plus de 10% des emplois existants seraient menacés par l’automatisation en France. Pour le Roland Berger Institute il nous est présenté qu’à moyen terme, 42% des emplois français présentent une forte probabilité d’être automatisé. En effet, l’Homme est remplacé par la machine dans de nombreux domaines ( automobile, pétrochimie, agroalimentaire…), les métiers de l’industrie ont été les plus touchés. 

Pour donner un ordre d’idée, entre 1980 et 2012, 64% des diminutions d’emplois dans l’industrie, soit 1,4 millions d’emplois, ont été causées par un gain de productivité lié à l’automatisation.

Si nous nous intéressons à l’informatique lourde, c’est à dire celle qui ne se trouve pas au contact des clients, elle impacte beaucoup plus l’emploi, ce qui est dû surtout, à la standardisation des tâches et à la réduction des coûts de prestations.

Ajoutons que, d’après une enquête,  cette réduction de main d’œuvre se fait au détriment des moins qualifiés au niveau des grandes firmes. 

D’après Faridah Djellal et Faïz Gallouj, la numérisation des entreprises pourrait transformer l’économie fondée sur les gains de productivité, en changeant la valeur des biens et services. “Les métiers automatisables ne se limitent plus aux faibles qualifications, […] Des pans entiers de la classe moyenne, dont le développement des métiers administratifs et intermédiaires avait assuré l’ascension sociale, se trouvent menacés.”

Certes, ces nouvelles technologies engendrent une diminution de l’emploi en général mais ce processus peut aussi être qualifié de “destruction créatrice”.

 

Nouveaux domaines et ouvertures de perspectives

 

Le monde actuel connaît la numérisation de l’économie. C’est une mutation faisant passer l’économie de l’ère du monde physique (matériel) vers un monde virtuel (immatériel) en s’appuyant sur les technologies de numérisation.

Par exemple, on passe du commerce traditionnel vers le e‑commerce. Cette numérisation de l’économie contribue à l’essor de nouveaux domaines d’activités, tel que, celui de l’environnement, de la performance des entreprises, de la relation client et bien sûr, des nouvelles technologies. Le “boom” de ces secteurs offre donc des opportunités pour les chômeurs et les nouveaux entrants sur le marché du travail.

De plus, ces nouvelles activités vont contribuer, premièrement, à plus d’innovations de produits (apparition d’un produit nouveau ou à un produit déjà existant mais incorporant une nouveauté) qui auront un effet positif sur l’emploi.

Mais aussi, à des innovations de services, incorporant des biens (locations) ou des personnes. Par exemple, la location de données (cloud…), la robotique personnelle domestique ou encore l’impression 3D.

Pour finir, tous ces nouveaux produits et services permettent ainsi, la création indirecte d’emploi grâce à la construction des machines, à la gestion de données, etc…

 

Nous venons de voir que ces nouvelles technologies contribuent au développement de nouveaux domaines d’activités et donc de la création d’offres d’emplois. Mais tous les emplois ne sont pas automatisables. Certains évoluent, d’autres se maintiennent.

 

Maintien quantitatif et changement qualitatif de l’emploi

 

Il faut savoir qu’en France, chaque année, 15% des emplois disparaissent en même temps que 15% apparaissent en lien avec les faits évoqués précédemment. C’est pourquoi, un certain équilibre se met en place. L’automatisation d’une tâche ne veut pas dire que l’on automatise l’emploi total. De plus, le robot n’est pas l’ennemi de l’emploi à condition que l’entreprise soit compétitive et créée des produits à fortes valeurs ajoutées.

Pièces De Monnaie, Simulateur, Budget

stevepb (Pixabay) L’équilibre entre valeur ajoutée et consommation https://pixabay.com/fr/photos/pi%C3%A8ces-de-monnaie-simulateur-budget-1015125/

Ajoutons aussi, que certains métiers ne pourront pas être automatisés si facilement et si rapidement. Prenons l’exemple des caissières : certains prédisaient leur disparition, mais des exemples récents contredisent cette idée. Comme l’échec du supermarché automatisé Carrefour en Belgique. En effet, les êtres humains apportent des solutions adaptées aux humains. La technologie est loin d’atteindre cette agilité. Et même si c’était le cas, la recherche a montré que  nous choisirions encore plusieurs fois l’humain plutôt que la machine.

D’autres métiers, eux, évoluent grâce aux nouvelles technologies. Selon le COE, 50% des emplois français existant verraient leur contenu évoluer considérablement. Paradoxalement, cette évolution contribuerait à recentrer certains métiers vers des tâches moins automatisables (relation client).

 

Au final, la bonne santé du marché du travail est avant tout un enjeu institutionnel.

 

Réflexion à l’amélioration du système

 

La France est réputée pour son marché du travail très rigide. Selon Hakim El Karoui, l’insuffisant soutien à l’automatisation dans le secteur manufacturier (visible aujourd’hui à travers le faible taux de robotisation du parc français, de 1,25 robot pour 1 000 salariés contre 2,70 en Allemagne) n’a pas permis à la France de protéger son appareil productif et ses emplois industriels, bien au contraire. L’Histoire pourrait se répéter avec la rupture technologique que constitue le numérique. De “destruction créatrice”, il ne resterait que la destruction.

DavidRockDesign (Pixabay) Amélioration du marché de l’emploi visée par les réformes https://pixabay.com/fr/illustrations/business-illustration-bureau-design-3080799/

Cependant, moins d’ouvriers sur la ligne de production signifie moins de sensibilité au coût du marché du travail. De plus, l’investissement dans la Recherche et Développement, la flexibilité  et l’amélioration de la qualification de la main d’œuvre (formation continue, aide à la mobilité) rendrait les innovations plus efficaces. Elles engendreraient ainsi beaucoup de valeur ajoutée, comparée aux pertes (licenciements…).

 

 

Pour conclure, les emplois créés ne compenseront pas tous les emplois détruits. Mais ce processus d’innovation technologique ne se limite pas, non plus, à un jeu de substitution entre le travail humain et la machine.

Selon les études que nous avons analysés, de 10 à 42 % des emplois sont menacés directement par l’automatisation, principalement dans l’industrie. De plus, les métiers à faibles qualifications ne sont plus les seuls menacés notamment dans l’administration.

La numérisation de l’économie entraîne le développement de nouveaux domaines, et par extension celui des innovations de produits et de services. Tout ceci offrant des opportunités aux chômeurs et nouveaux entrants, ainsi que des emplois indirects apportés par des secteurs annexes liés.

Si les innovations technologiques peuvent diminuer ou augmenter le nombre d’emplois, la plupart du temps il y a équilibre et les métiers ne font qu’évoluer. Des métiers que nous pensions automatisables sont en fin de compte sauvegardés par la valeur que l’humain donnent encore à un service rendu par un humain.

Des investissements dans les secteurs en plein essor et certaines réformes permettraient une amélioration de l’emploi et une augmentation du nombre de postes. Néanmoins en France des changements aussi radicaux ne seront pas facilement acceptés. Ces enjeux seront donc des défis culturels majeurs pour notre pays.

 

LABOUREAU Léandre

JEANNIN Lucas

 

Bibliographie analytique

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Arreola Fernanda. Les caissières ne vont pas disparaître (tout de suite) des supermarchés [en ligne]. In LaTribune, 25 Janvier 2020 à 9h10 [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-caissieres-ne-vont-pas-disparaitre-tout-de-suite-des-supermarches-837746.html

Askenazy Philippe et Erhel Christine. Qualité de l’emploi et productivité [en ligne]. In Cepremap, François Lapeyronie, 13 Mars 2017 [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : http://www.cepremap.fr/depot/2017/06/Opuscule_CEPREMAP43-Emploi_Productivite.pdf

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Djellal Faridah et Gallouj Faïz. Relation emploi, innovation dans les services, Travail et Emploi [en ligne]. In OpenEdition Journals, numéro 108 p 45-56 (Varia) octobre-décembre 2006, 15 décembre 2008  [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : https://journals.openedition.org/travailemploi/4860

El Karoui Hakim. L’innovation technologique, ennemie de l’emploi ? [en ligne]. In Constructif, Juin 2015, numéro 41 [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : http://www.constructif.fr/bibliotheque/2015-6/l-innovation-technologique-ennemie-de-l-emploi-nbsp.html?item_id=3474

Le Ru Nicolas. L’effet de l’automatisation sur l’emploi : ce que l’on sait et ce qu’on ignore [en ligne]. In France Stratégie, mardi 19 juillet 2016 [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : https://www.strategie.gouv.fr/publications/leffet-de-lautomatisation-lemploi-quon-sait-quon-ignore

Nezzar Rayan. Les nouvelles technologies et l’emploi [en ligne]. In Les cours d’économie de Rayan Nezzar, 9 août 2018,  [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : http://rayan-nezzar.fr/les-nouvelles-technologies-et-lemploi/

Vendramin Patricia, Valenduc Gérard. Technologies et flexibilité [en ligne]. In Le Cnam (Lirsa), Université Paris Dauphine, 2002-2003, 6 janvier 2010 [consulté le 30-01-2020]. Disponible sur : http://lirsa.cnam.fr/medias/fichier/techno_flexibilite1__1262788298345.pdf

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5 réponses à L’Homme, renvoyé chez lui par les machines…?

  1. btsenil dit :

    Sujet intéressant et d’actualité. Mise en page avec un peu trop d’espace.

    GARDIEN Loïc

  2. btsenil dit :

    Article intéressant soulevant de nombreuses questions notamment éthiques entre l’Homme et la place machine dans le monde du travail.

    HENRY Clément

  3. Vigneront Gaétan dit :

    Article très intéressant. Le plan est claire, avec un titre accrocheur qui donne envie de lire la suite. Les questions éthiques entre l’Homme et la machine sont intéressantes et d’actualités. Les propos sont attirant et bien illustrés avec des images.
    Il y a un peu trop d’espaces qui rend la lecture difficile.

  4. btsenil dit :

    Sujet très intéressant et surtout d’actualité, on peut voir que le sujet est maîtrisé et que vous vous êtes bien documenté sur celui-ci pour écrire ce blog. On comprend bien la problématique et les enjeux qui pèsent entre l’homme et la machine. Cet article m’a appris des choses. Le titre nous donne envie de lire l’article et il est bien illustré.
    MARILLER Robin

  5. btsenil dit :

    Merci pour vos commentaires, je conçois pour les espaces tout en trouvant cela difficile à supprimer avec notre incapacité à créer un alinéa correct

    Léandre Laboureau